Da Cruz

Je tiens sa tête à deux mains et je la cogne contre un coin de table en marbre, plusieurs fois, violemment. La vue du sang noir et épais qui s’écoule abondamment de son crâne libère ma rage. Pour une fois, la terreur ne m’a pas paralysée… Elle m’a fait exploser.

Ce rêve, je l’ai fait mille fois…
Mille fois j’ai osé me révolter contre elle.

Da Cruz voulait ma peau. J’avais 20 ans exactement, et j’étais passionnément amoureuse de son ancien amant. Je ne l’avais pas détourné, ils étaient déjà séparés quand il m’a embrassée. C’est d’ailleurs Da Cruz qui l’avait quitté. Et quand bien même…
Mais Da Cruz n’est pas le genre de femme à se soucier de ce genre de choses. Non… Da Cruz, c’est le pitt bull de ce petit coin du Brésil.

Tout le monde avait peur d’elle : les enfants, les femmes, bien sûr, qui n’osaient pas adresser la parole à quiconque l’avait côtoyée de près ou de loin, mais aussi les hommes, même les armoires à glace, même les caïds. Il faut dire qu’elle, par contre, n’avait peur de rien. DE RIEN.

Du haut de ses 24 ans, elle était rompue au combat de rue, avait failli éventrer une femme enceinte, avait mis le feu à la maison où étaient enfermés sa mère, son mari et ses trois enfants, provoquait des « accidents » contre rémunération, se battait contre des gangs, contre la police… et plus personne n’osait se mettre sur son chemin.

Plus personne sauf Bé. Bé, petit escroc rondouillard et édenté, cracker les jours de butin, sinon, friand de décapant, colle à bois, et autres drogues bon marché. Bé, ami d’enfance de Da Cruz, et le sourire presque toujours aux lèvres.

Le talent de Bé, c’est qu’il n’avait pas peur d’elle. Et heureusement pour moi, il m’aimait. Il est le seul qui m’ait défendu. Je me souviens de Da Cruz agrippant mes longs cheveux et tirant de toutes ses forces, plantant ce qui lui restait de dents dans mon crâne, Bé l’étranglant et me hurlant de la tuer. Moi, un couteau de Rambo prêté par l’amant lâche dans la main, tapant dans la cuisse de Da Cruz… avec le manche. Incapable de retourner la lame… Puis, saisie par la douleur des cheveux qu’elle m’arrachait, essayant de lui rendre la pareil… sauf que c’est les boucles de Bé que je tirais.

Je ne sais pas me battre. En fait si, je sais me battre… pour rire. Mais la rage ou la peur me tétanisent, et me font perdre tous mes réflexes d’ancienne élève de boxe et de capoeira. La loose…

La seule chose que j’ai réussi à faire contre Da Cruz, c’est de ne jamais baisser les yeux, et de ne jamais reculer. Même quand son visage était à 10 cm du mien, même quand je n’arrivais pas bien à voir si elle tenait dans ses mains ce poignard qu’elle avait déjà tenté de planter dans mon ventre, sans succès. C’est peu de chose, mais ça a sauvé l’image que j’ai de moi.

Les 7 années qui ont suivi ont été jonchées de cauchemars, chaque nuit, chaque sieste. Epuisant. Alors lui éclater la tête contre un coin de table onirique, c’était vital.

 
—–
Ce texte, c’est juste pour mettre un peu de sang dans ce blog…

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4 commentaires pour Da Cruz

  1. Irmazinha de coração dit :

    Du sang véridique, qu’on le sache…

  2. Fabien dit :

    😮 jusqu’à la fin je me suis demandé si tu allais finalement dire que tout ça n’était qu’un cauchemar façon Scarface.. mais non apparemment 😮
    T’as vécu au Brésil dans une favela ou quoi 🙂

    • R. dit :

      Non non, tout cela est vrai de vrai, preuve en est le commentaire ci-dessus… 🙂 Dans une favela brésilienne, oui. Et je compte bien raconter tout ça un jour. Mais c’est long et je réfléchis encore à la forme que ça va prendre…

  3. Ping : Haïr | Du sang, du sexe et du lait maternel

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