Pôle nord et tropique du cancer

Voilà ce qu’on appelle un titre fourre-tout.

C’est ainsi… quand on écrit trop rarement (pour toute réclamation, adresse-toi au grand capitalisme, mais surtout à ma progéniture)(et sache qu’en vrai ça me manque), on veut tout dire au moment du billet saisonnier et on n’arrive plus à trier le bon grain de l’ivraie.

Donc là, en vrac, je voudrais te parler nord, pole, cancer et tropicalité. Avoue que le titre fait sens, du coup.

Alors d’abord, il y a un âge pour tout.

Il y a l’âge où tes copains (ou toi si tu es plus rapide qu’eux) commencent à bosser les uns après les autres à quelques exceptions près. Se maquent avec leur moitié de l’instant T. Puis l’âge du premier appart’ commun, celui du mariage et/ou du premier gosse. Vient le temps du petit deuxième, éventuellement. Puis la première séparation. Il y a un âge, aussi, où tes amis (ou toi…) perdent d’une façon ou d’une autre l’un de leurs parent, voire les deux. Il y a parfois ensuite ce moment des secondes rencontres, avec option famille recomposée et même petit troisième/cinquième pour les plus fous.

La vie qui passe…

Comme je nourris un rapport complexe avec le temps (les dates, les âges ou les durées symboliques, dans le passé, le présent et l’avenir), et alors que je n’ai aucun problème (pour le moment) avec mon inexorable avancée vers le crématorium (j’essaye de marcher lentement), ça fait quelques années que, mi pour rire mi pour me préparer, je dis régulièrement à mes potes qu’on arrive à l’âge où les premiers cancers vont se déclarer…

Totalement terre-à-terre, je suis l’antithèse de la superstition et je ne crois pas une seconde que ça nous a porté la poisse. Ni que j’ai la vision.

C’est juste statistique.

D’ailleurs, à ma connaissance, je n’ai pas encore de cancer. Et je mise beaucoup sur mon patrimoine génétique (un père, une mère, zéro cancer) pour qu’on ne m’en diagnostique jamais, ou alors au moment où je n’aurai plus assez de synapses valides pour m’en apercevoir (de ce côté là, je suis génétiquement moins bien barrée).

Mais voilà, en six mois, j’ai appris les cancers de quatre personnes chères à mon cœur. Deux seins agressifs, un poumon pas plus sympa et, petit dernier a être arrivé jusqu’à mes oreilles au gré de retrouvailles qui m’ont fait chaud au cœur, un pancréas possiblement pas trop méchant.

Un homme, trois femmes, entre 37 et 41 ans, quatre conjoints et huit enfants impactés.

Raide.

Ça fait chier la bite, même.

Mais comme il n’y a pas mille choses de plus à dire sur le sujet (à part que je croise tous mes putain de doigts pour que tout rentre dans l’ordre pour tout le monde le plus vite possible et de façon durable)(on va tous crever, mais là c’est trop tôt), ben… ça ne faisait pas un billet.

J’aurais aussi pu ne pas en parler du tout, tu me diras, mais va savoir pourquoi, ça m’occupe pas mal l’esprit.

T’aime bien quand je plombe l’ambiance ? Sorry ma caille, moi-même j’aurais préféré parler langue de belle-mère et cotillons.

Je te parlerais bien pole tout de suite, d’ailleurs, histoire de basculer dans un registre plus joyeux, mais vu que je ne vais pas répéter indéfiniment que c’est dur, douloureux et que du coup chaque progrès est superjouissif, je vais me contenter de te balancer quelques tofs en bas de ce texte. Et à part une épaule qui merdoie sérieusement (mon corps de jeunette plus si jeune n’a pas supporté une semaine intensive – dix-huit heures de barre en sept jours –, aujourd’hui j’ai un tendon qui hurle rien qu’en enfilant ma culotte)(je suis une fille en culotte)(même pour dormir) et donc une rééducation à base d’ultrasons et de popopopo, je suis toujours aussi passionnée (ce qui implique que je retrouve l’usage de cette foutue épaule rapidement)(j’ai un stage à Barcelone avec mon mec dans quinze jours…).

Du coup, je vais passer au nord et aux tropiques. Parce que ça cause du même truc.

Le nord, donc. Toi même tu sais que je travaille dur à le trouver, l’apprivoiser depuis peu… pour mieux le perdre.

Et ma foi, c’est un chemin fort plaisant.

D’autant plus qu’il s’ouvre en moi sur le tard, et je continue à le penser : il ne faut jamais précipiter les choses en matière d’alpinisme.

Ce que je ne sais pas encore, par contre, c’est à quel moment j’expliquerai ce principe à mes enfants. Je veux dire… avant ou après leur avoir dévoilé l’une de mes principales devises : Jamais la tête et la bite sur la même photo – d’ailleurs je devrais dire « sur la même story » histoire de montrer au monde que je suis au courant qu’on est en 2017 ?

Si, ils doivent l’entendre ! Il parait que de nos jours, des meufs de 12 piges envoient des photos de leur… hmmmm… appelons un chat un chat, à des mecs de 15 piges qui ne sont même pas leur official !!!

Comment ça, c’est pas à moi de leur dire ?

Mais alors qui va leur parler de cela avec bienveillance, humour et précision, hein ?

Sérieusement, ça me soucie.

Il faut que j’y réfléchisse vite, parce que dans deux minutes le grand rentre au collège, l’endroit de tous les égarements digitaux.

À mon époque, c’était dans le sens « doigt ».
Maintenant, apparemment, c’est aussi dans le sens « snapchat ».

Parenthèse refermée.

Le nord et moi, donc, on est en train de devenir assez pote.
Mais je viens de découvrir un truc ENCORE MIEUX QUE LE NORD.

Pour. De. Vrai.

D’ailleurs, je dois rendre à César – aka my lovely lovely loverboy – ce qui lui appartient : c’est en fait lui qui m’a fait découvrir cette facette-là de ma personnalité.

(Merci mon amour)

Parmi tous ses insupportables défauts, l’homme en a un particulièrement horripilant : il adore me masser.

Ouais je sais. In. Fer. Nal !

En plus, je le soupçonne de faire ça uniquement pour se muscler les doigts dans mon dos, et progresser sur la barre (ça aide grave pour défier la gravité).

Mais bon, comme je suis hyper sympa, quand il me propose d’huiler mon corps, m’imposant de me tenir une heure durant dans la difficile position dite de la larve-sur-le-ventre, j’accepte.

Je ne suis que pure bonté.

Et donc il promène ses mains caleuses (la barre, toujours… moi-même on pourrait croire que je passe mes journées à coulisser vu la corne que j’ai sur les paumes et la pulpe) sur ma peau glissante, de la racine des cheveux au bout des orteils. D’abord ma nuque (elle le rend fou), mes épaules, les nerfs coincés sous mes omoplates qu’il laboure pour mieux dénouer les nœuds.

Petit à petit, il descend le long de ma colonne, vertèbre après vertèbre, déborde sur mes flancs, atterrit sur mes reins…

Atteint mon sacré sacrum et malaxe mes fesses, pétrit toute la partie charnue comme un boulanger ses miches de pain, enfonce ses doigts dans mon gras, fait rouler mes fossettes et, surtout, se focalise sur le haut de mon cul, le sommet de mes muscles. Juste à droite et à gauche de mon coccyx.

Je dois te l’avouer, à ce moment-là, je suis comme ces vieux clébards qui se dandinent l’air heureux et confus quand on flatte leur croupe le pouce et l’index de part et d’autre du bas de leur épine dorsale. J’en gémis, littéralement. Pas comme un orgasme, néanmoins une sensation exquise, un soulagement divin, un plaisir non sexuel mais absolument délicieux.

Alors comme mon amoureux est loin d’être idiot, un jour de doggy style joyeux, il s’est mis à conjuguer la danse de son sexe et le ballet de ses mains juste en dessous de mes reins.

J’ai senti mes bulbes vestibulaires se gonfler de vanité, et toutes les connexions nerveuses s’activer dans mon arrière-train. Une sorte de bouillonnement d’émotions physiques, comme si d’un coup mon clitoris occupait tout l’espace entre ma taille et mes cuisses.

Et alors qu’un orgasme sud-nord, tout aussi succulent soit-il, monte en flèche, explose et redescend presqu’aussi vite, tel un wagonnet de petites montagnes russes, mes nouvelles jouissances plus orientées nord-est-nord-ouest sont plus lentes à gravir les échelons du plaisir, mais inéluctables, comme un départ de feu d’artifice puis une explosion tous deux filmés au ralenti, extase tridimensionnel, rond et plein qui s’épanouit lentement et merveilleusement dans tout mon corps bercé par mon souffle coupé.

Un râle qui duuuuuuuure.

Un feu qui me comble et me consume en étirant les secondes.

Un orgasme à rebond qui sème des spasmes pendant plusieurs minutes.

Ça a l’air mièvre, comme ça, bien loin des explorations en profondeur, mais c’est un délice dont j’ai maintenant du mal à me passer. L’essence même de la volupté.

Tout ça avec juste quelques doigts même pas planqués.

Avis aux hommes : seriously, essayez !

Et pour clore ce billet… les photos promises.

Tu comprends mieux pour les bleus et les épaules ?

 

 

 

 

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Point barre

La vérité, je publie ce billet juste parce que le titre me fait marrer.

Ouais, je suis bon public, même avec moi-même.

Et aussi pour me la péter un peu. Rapport que c’est un sport difficile et que, comme je l’ai déjà dit, chaque progrès est le fruit de ta transpiration et de ta résistance à la douleur.

La barre, donc.

Je sais que tu meurs d’envie de me faire la blague de la barre de faire, mais sache que tu n’es pas le premier.

Je suis loin du compte, mais j’avance, malgré les articulations meurtries, la peau bleutée et les muscles qui tétanisent.

Alors je te montre mes nouvelles photos.

Tadaaaaaaam.

(Attention, Donald Trump se cache dans cette série)

T’inquiète, je ne vais pas te saouler toutes les deux minutes avec ça. Mais je te montrerai quand même mes avancées de temps à autre parce que la fiertééééééééé.

Bisous.

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Subway

Je prends le métro depuis que je suis toute petite. Une mère à Strasbourg-Saint-Denis, un père au cœur de Pigalle, une école à Beaubourg. Dès mes 7 ans et des brouettes, je faisais les différents trajets seule, pour basculer d’une vie à l’autre, aller à l’école ou au conservatoire, changeant à Barbès-la-mal-famée quand la nuit était déjà tombée en hiver, fascinée par le Louxor alors en ruine. Je pouvais énumérer les stations de toutes les lignes que j’utilisais de mémoire, à l’endroit et à l’envers, collectionnais les tickets chics et chocs, connaissais les tunnels comme ma poche.

J’adorais ça. Le métro était un peu ma troisième maison (j’en avais déjà deux, garde alternée oblige), et surtout le symbole absolu de ma liberté de petite fille débrouillarde et autonome.

J’aime le métro depuis toujours, et je sais que même si j’avais deux voitures, trois motos et un hélicoptère (Ah si j’étais richeuh, nanana nana nana nana), j’aurais aussi une carte Orange (je te parle d’un temps que les moins de 20 ans…)(ne connaissant donc pas la chanson originale).

Alors quand j’ai rencontré mon amour d’aujourd’hui, j’ai adoré l’idée qu’il possède toutes les clés du métro – il est technicien RATP.

Aucun couloir, même interdit au public, placard, local ou ascenseur ne résiste à son trousseau lourd, bruyant, contenant peut-être cinquante clés de tailles, couleurs et formes différentes.

Cela ouvre une foultitude de possibilités. Surtout quand on est séparés une semaine sur deux.

La première fois que nous avons fait l’amour souterrain, nous étions à Charles-de-Gaulle, dans une salle de repos du personnel. C’était au milieu de notre semaine loin l’un de l’autre et nous avions une demi-heure pour agir avant de retourner chacun dans nos foyers de parent seul avec enfants.

En quelque vingt-quatre minutes, nous avons créé deux orgasmes simultanés… et deux enfants. Simultanés aussi.

Tu sais bien ce que ça a donné. C’était triste, mais intense, mais triste.

Et à chaque réveil nocturne – c’est-à-dire toutes les putain de nuits, souvent plusieurs fois –, je me dis que nous avons eu raison d’entendre raison.

La seconde fois, c’était aussi près de mon travail. Dans une sorte de grand placard, ceux qui sont au milieu des quais de métro et sur la porte desquels est affiché un homme foudroyé en noir sur jaune. Je lui ai demandé s’il n’y avait aucun risque électrique, consciente du feu qui brûlait en moi et des étincelles dont nous étions capables quand nous nous sautions dessus. Il m’a rassurée, et comme il est électricien, je l’ai cru.

Dix-sept minutes plus tard, le rose aux joues, nous sortions du placard malgré un rapport très hétérosexuel, sous l’œil médusé des usagers de la RATP attendant la rame à une heure de pointe.

Trois semaines plus tard, j’apprenais que le métro me rendait décidément très féconde, puisque j’étais à nouveau enceinte. D’un enfant et demi, le demi ayant eu plus tard la gentillesse de s’effacer afin de ne pas me jouer la même mauvaise blague.

Cinq mois plus tard, l’espoir d’une fille après quatre garçons devenait réalité, et nous avons sérieusement envisagé d’appeler la future nouvelle Courcelles. Ou Zazie.

Mais finalement non.

Et puis elle est née, et puis le temps s’est encore plus ratatiné, et la course du quotidien conjuguée aux horaires de crèches inextensibles a réduit drastiquement les possibilités de créneaux de tête-à-tête et tête-à-queue.

Et la chambre à coucher est redevenu le lieu principal de nos ébats. Entre 21h48 et 22h12 quand ma fatigue ne prend pas le dessus. Parfois entre 8h57 et 9h23 quand je ne suis pas trop en retard au boulot. Mais plus jamais dans le métro.

Jusqu’à samedi dernier.

Nos emplois du temps ne s’accordaient pas, travail du week-end pour monsieur, bouclage pour moi, des enfants malades, des nuits encore plus hachées que d’habitude, et les jours passaient sans que nous puissions nous étreindre et nous renifler.

Nous revenions d’un cours de pole (notre messe hebdomadaire et sacrée), je devais récupérer ma marmaille confiée aux bons soins de ma sœur, il devait embaucher jusqu’au soir et le week-end déjà entamé n’était qu’une succession de contraintes.

Alors entre deux RER, j’ai soumis l’idée à mon homme.

Il a vérifié qu’il était bien détenteur des clés.

A souris.

M’a attrapé la main et conduite devant une porte à peine dérobée.

A ouvert la porte d’une main et m’a entrainée dans un petit local où trônait une chaise en bois et quelques objets indéfinissables.

Nous nous sommes assurés que tout était bien verrouillé et avons commencé à nous embrasser. Conscient que le temps était compté mais désireux de savourer chaque seconde de cette parenthèse souterraine et enchantée.

Après quelques poignants collés-serrés, il m’a justement empoignée, pendant que j’ôtais tant bien que mal une jambe de mon futal.

J’aime la liberté de mouvements. Même coincée sur une chaise.

Je l’ai saisi d’une main, pour le faire sourire, gémir et parfaire son éclosion. J’ai humecté mes phalanges libres pour œuvrer à mon ouverture, il a fait de même, huilant autant que possible notre impact imminent, puis il m’a retournée et s’est collé à moi.

Un genou sur l’assise, l’autre sur le dossier, apprentie funambule à l’équilibre précaire, je l’ai senti me combler, et j’ai ri et lui aussi.

Les pas des promeneurs résonnaient presque au rythme de notre ballet.

D’une main je me tenais, de l’autre je me travaillais, quand les siennes m’agrippaient ou me fessaient, claquements noyés dans le brouhaha parisien.

Je montais, montais, mais ma position acrobatique tendait à freiner mon ascension, à me maintenir au bord de l’explosion. Je devais rester concentrée, et ça plafonnait mon plaisir.

Alors il a choisi l’efficacité, le petit coup de pouce qui, même bancale, permet de lâcher les vannes.

Mon orgasme est arrivé sans entrave, provoquant le sien dans la foulée.

Nous avons encore ri, sommes restés ainsi unis, épris.

Avons retrouvé une agréable verticalité.

Nous sommes embrassés.

Rhabillés.

Puis nous sommes sortis de notre cachette et juste avant de le quitter, j’ai fait un petit coucou à la caméra braquée sur la porte.

Mais cette fois-ci, normalement, nous ne devrions pas agrandir notre famille.

Sinon je porte plainte contre le chirurgien vasectomieur.

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Sexologie de zèbre

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Nous nous régalions d’un bon steak-haricots verts (depuis que je me la joue riche en achetant ma viande chez le boucher – quitte à en prendre moins et moins souvent – et mes légumes chez le maraîcher, mes garçons sont beaucoup moins relous à nourrir)(c’est toujours une bataille de moins) à la veille du départ en classe de neige du grand, petit veinard de 8 ans et demi, drôle de zèbre épris de connaissances en tout genre (je m’en doutais, c’est désormais avéré, pour le meilleur et pour le pire)(car il y a des deux)(enfin disons un peu de fierté mais surtout beaucoup d’inquiétude)(contrairement à ce que les gens pensent)(je dirais un rapport de 20-80)(beaucoup d’inquiétude, donc…) :

– « Maman, c’est quoi, déjà, une érection ?
– C’est quand tu as le zizi qui durcit, mon cœur. Pourquoi cette question ?
– C’est dans le Titeuf que tu m’as offert à Noël. C’est trop drôle, il demande la signification de plein de mots aux adultes et tout le monde lui répond : “Tu comprendras plus tard…” Ça le rend dingue.
– Tant mieux si ça te plait. Mais tu le savais déjà, non ?
– Oui, tu me l’avais expliqué il y a longtemps mais j’étais plus sûr. D’ailleurs, tu sais quand je te disais que toucher mon gland ça me faisait une sensation étrange, presque une douleur, comme si on me tripotait l’intérieur du corps, et que tu me répondais que j’allais sûrement trouver ça agréable un jour… ben ça y est ! J’aime bien ! Et ça rend mon zizi tout dur.
– Aaaah tu vois, c’est chouette, du plaisir à portée de main ! Mais n’oublie pas, on fait ça tranquillement dans son coin et pas devant tout le monde. »

La main bien calée dans le slip :
– « Oui oui, je sais, je sais…
– … Donc ta main.
– Ah oui ! Et c’est quoi un avortement ?
– Hmmmm… C’est quand une femme a un bébé dans le ventre, qu’il est encore tout petit mais qu’elle ne peut pas ou ne veut pas le garder. Elle peut décider de l’enlever de son ventre avant qu’il ne grandisse. En France en tous les cas. Ça s’appelle un avortement.
– Pourquoi elle voudrait pas le garder ??
– Parce que parfois la vie fait que ça n’est pas le bon moment.
– …?
– Oui, ça arrive, malheureusement.
– Ben dans ce cas il faut mettre une capÔte, non ?
– Absolument. Les capotes, ou préservatifs, empêchent une grossesse et protègent de certaines maladies qui peuvent s’attraper en faisant l’amour. La plupart de temps, ça marche très bien. Mais parfois, non. Il peut y avoir un minuscule trou, par exemple, et alors… »

Hilare :
– « Ah ouais, Titeuf à un moment il veut une petite sœur, alors il perce les capotes de ses parents.
– Du coup les spermatozoïdes peuvent se faufiler et féconder l’ovule de la femme, mais bon, c’est pas hyper cool. C’est mieux d’avoir un enfant quand on en a envie et quand on est prêt. »

J’ai craint qu’il me demande si j’avais avorté. Non pas que j’en ai honte ou quoi que ce soit de ce genre. Je pense même (et ça n’engage que moi) que je dirai la vérité à mes enfants s’ils me questionnent un jour. En essayant de trouver les mots qu’il faut en fonction de leur âge. Je me souviens très bien d’une période, quand j’avais 8 ans, où ma mère semblait soucieuse et triste comme les pierres. Je ne savais pas comment la soulager de sa peine, incapable de deviner ce qui lui arrivait. Les doutes sont venus quelques années plus tard, quand j’étais adolescente, et sa réticence à répondre à ma question frontale les a plus ou moins levé. Ce n’est qu’à mes 24 ans, quand j’ai dû à mon tour prendre cette douloureuse décision, qu’elle m’a raconté. Son premier avortement, au même âge, après avoir vomi une de ses pilules, alors que c’était illégal – donc aiguille à tricoter et tout le toutim –, et celui à 36 ans, car mon beau-père menaçait de se barrer – je crois bien qu’elle lui a inconsciemment fait payer durant les deux décennies suivantes, avant de tomber malade.

Non, j’ai eu (un peu) peur que mon fils me pose la question car je le sais très émotif et capable d’être profondément attristé par une telle information : quand je lui ai annoncé ma dernière grossesse, alors qu’il était fou de joie et plein d’interrogations, je lui ai montré une petite animation retraçant l’évolution du foetus. Celle-ci commençait par une foule de spermatozoïdes cavalant comme des dingues dans les trompes de Fallope, jouant de la flagelle et prêts à tout pour arriver le premier. Mon fils savait parfaitement qu’ils se comptaient par millions face à un unique ovule (merci Il était une fois la vie), mais les voir concrètement se faire recaler et errer sans but l’a fait fondre en larmes : « Mais qu’est-ce qu’ils deviennent, tous les autres ? Ils meurent ? On les enterre ?? »

Les zèbres sont souvent extrêmement sensibles.
J’ai un peu ramé pour le consoler.

Mais il ne m’a pas demandé.

Non…

Il a enchaîné sur une nouvelle question :

– « Et aussi, ça veut dire quoi sado-maSSo ? »

Heureusement, un coup de fil de son père l’a empêché de me demander si j’en étais.

Parce que j’aurais été obligée de lui dire que ça ne le regarde pas – ce dont je suis convaincue, même si cette réponse est aux antipodes de ce que mon naturel me ferait lui répondre si je ne me bridais pas – et qu’il en aurait automatiquement déduit que ça voulait dire oui, alors qu’en vérité, pas franchement (j’aime juste bien bien bien le sexe un peu rough). Ça ne fait de moi ni une meilleure ni une moins bonne personne, mais j’ai peur qu’il soit un peu jeune pour philosopher sur ce dernier point. D’ailleurs, je doute que ma piteuse explication à base de fessées qu’on aime parfois recevoir l’ait vraiment éclairé. Rapport qu’elle était forcément réductrice : je me voyais mal commencer à lui causer fouet et cagoule en latex. 

Publié dans Et du lait maternel | 13 commentaires

Alleluia

Alleluia, Noël est passé !

Et aussi…

Les jours rallongent.

Dans 41 jours je me casse à la montagne avec mon amoureux et UN SEUL ENFANT. Je répète : un seul enfant ! On largue les quatre garçons en colo parce que toi même tu sais que les mômes + la neige + les mille paires de ski à porter + l’envie de faire caca quand on est tout habillé alors que le cours commence dans 3 minutes + le vomi parce que la route ça tourne + les embrouilles de pokémon + tout le reste = l’enfer pour les parents.
(je tiens à remercier très chaleureusement la RATP)(et j’adore mes enfants)

Ma fille a VRAIMENT dormi cette nuit, première fois depuis juillet, j’ai presque envie de pleurer de joie (surtout ne pas crier victoire trop vite, ça pourrait effrayer la bête).

Je ne suis pas enceinte. J’ai attendu des jours et des jours que mes putain de règles arrivent, j’ai atteint une durée de cycle absolument dingue pour la meuf à cycle court que je suis (six semaines, le double de ma normalité), j’ai fait deux tests de grossesse en me disant que c’était con que mon mec ait fait une vasectomie s’il suffisait d’un plan à trois avec capote pour me coller quand même un polichinelle dans le tiroir (que je n’aurai pas gardé, merci – enfin je crois –, mais ça m’aurait bien foutu les boules de devoir prendre ce genre de décision), pour finalement faire la danse de la joie quand le sang est arrivé. Entre temps, je crois que j’ai compris là où ça avait coincé : pendant cette période, j’ai allaité bien plus que d’habitude puisque la fillette était malade, sous cortisone c’est-à-dire sous coke c’est-à-dire complètement guedin à une heure du matin (et aussi à 2, 3, 5, 6, bref all night long)(comment ça je t’ai mis la chanson dans la tête ??), et ces conneries ça peut bloquer l’ovulation et donc tout ce qui s’ensuit. Soulagée je suis.
(et oui ! j’allaite encore, même si dans nos contrées occidentales c’est décidément considéré comme un truc de mère abusive au-delà de trois mois)(en attendant j’ai des seins et j’emmerde ceux que ça chiffonne)(noméoh !)

J’ai retrouvé mon poids de jeune fille avec des muscles en plus.

J’ai acquis un téléphone avec de la mémoire rapport qu’avec 8 gigots, tu dois effacer un truc dès que tu veux prendre une tof, et c’est relou.

La résultante de ces deux derniers trucs, c’est que je vais enfin pouvoir te montrer…

Tin tin tiiiiiiin…

Le suspens de malaaaade…

Ya un peu de cul dedans, t’inquiète.

Mais surtout de la sueur et cinquante nuances de bleus.

Ca y est tu captes que tu vas être un peu déçu ?

Allez j’arrêêêête.

Tadaaaaaam !

Mes progrès en pole.

J’ai bien le droit de me la raconter vu ce que j’ai trimé.

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Tu m’aurais dit en mai dernier, quand j’ai VRAIMENT commencé le pole technique alors que je n’avais plus l’ombre d’un abdo et qu’il me semblait totalement inconcevable de soulever mon cul en ne m’aidant que de mes petits bras frêles, que j’arriverai un jour à être fière de quelques figures, je ne t’aurais pas cru.
Comme quoi, le travail ça paye. Même si ya encore beaucoup de chemin.

Voilà, c’était ma minute personnal branling et encore, t’as du bol, mes vidéos ne sont pas encore assez clean pour que je te les colle ici. Mais d’ici peu, j’espère, si mon corps me fait l’honneur d’être gracieux jusqu’au bout des orteils…

 

 

Et la bonne nouvelle c’est que vu que 1) je ne suis pas trop fatiguée, 2) je ne suis pas enceinte, 3) je me sens à nouveau un peu jolie et tonique, 4) mon homme est toujours l’homme qu’il me fallait et l’amour encore diablement là… je risque d’avoir des nouveaux trucs à raconter dans quelques temps, un peu plus en rapport avec la ligne éditoriale de ce blog. Quoiqu’aujourd’hui j’ai causé sang et lait maternel, j’ai quand même honoré les deux tiers du contrat. Bisous et à vite !

Publié dans Du sang, Et du lait maternel | 13 commentaires

La part d’ombre

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Bien évidemment, nous avons commencé par nous échapper dans des failles spacio-temporelles pour s’étreindre jusqu’à plus soif comme dans tout début de relation, sans nous soucier de là où nos cœurs nous emmenaient.

Ça marchait bien, l’horizontalité certes mais le reste aussi. Nous sentions qu’il y avait un immense potentiel d’amour et de bonheur, une indéniable ultracompatibilité, alors nous nous sommes laissés embarquer sur le chemin de notre histoire, main dans la main, en espérant qu’il durerait le plus longtemps possible.

Nous avons assez vite confronté nos visions du couple, et surtout tenté de définir les contours de celui que nous voulions construire. Même si ceux-ci peuvent évoluer avec le temps, il est selon moi toujours plus sûr de clarifier quelques points essentiels au début, quand on est encore portés par l’adrénaline des prémisses et pas encore coincés par les aléas du quotidien, le temps qui passe ou les chemins de traverse de la libido.

Nous étions plutôt d’accord, heureusement : nous sommes amoureux, c’est vrai, mais avant tout deux individus distincts, dotés d’un passé, d’un présent et même d’un futur propre, il n’est pas question de dissoudre le tout en une unique entité. Il y aura toi, il y aura moi, et il y aura nous. Nous avons beau être terriblement aspirés l’un par l’autre, il est impératif de ne pas céder à la fusion totale, qui, nous le savons, ne résiste quasiment jamais au poids des années.

Autrement dit : tant que tu m’aimes et me désires, tu fais bien ce qu’il te plaît par ailleurs. Protégé.

J’ai demandé à être préservée du secret, charge lui incombait de ne pas laisser une once d’angoisse naître en moi sur le sujet de l’exclusivité sexuelle. Fais-le si tu en as envie ou besoin, mais fais-le très discrètement.

Par contre, si je te pose une question, signe que l’angoisse, en tous les cas le doute a germé dans mon esprit, réponds-moi la vérité. Ou alors mens suffisamment bien pour me convaincre et reléguer ainsi la bicyclette de mon cerveau au garage à vélo.

De son côté, quand je lui ai demandé s’il avait une préférence entre savoir et ne pas savoir, il m’a répondu de la façon la plus bienveillante qui soit : « Si tu souhaites me le dire, pour une raison ou une autre, dis-le moi ; si tu es plus à l’aise avec l’idée de ne pas me le dire, alors ne me le dis pas. »

J’ai trouvé cela très confortable – mon désir est a priori plus attiré par le catimini que par la transparence absolue.

Tout en prenant la mesure du pendant de ma liberté…

C’est-à-dire la sienne.

Avec tout ce que ça comporte comme risque.

Même si je suis convaincue qu’un couple traditionnel n’est pas moins exposé.

L’autre jour, nous nous teasions par sms – comme souvent, peut-être du fait de notre vie non commune –, et au détour d’une blague, la discussion a glissé vers le triangle équilatéral. Dont nous avons joui une fois en mai dernier, en nous disant qu’il y avait bien là un petit goût de reviens-y.

Sans urgence.
Je tiens à conserver un pied dans la sexualité simple et continuer à mordre l’oreiller même dans la plus stricte banalité. Si deux hommes et une femme offrent une foultitude de possibilités, c’est l’extrême rareté de la situation qui me rend la chose exquise.

Je ne cherche à convaincre personne, mais en ce qui me concerne, je prône le manque, l’attente et la singularité.

Mon homme me disait, donc, que notre troisième larron était toujours très motivé à l’idée de remettre ça avec nous, que la logistique coinçait un peu, mais qu’il avait un potentiel nouveau candidat.

De quoi titiller ma curiosité.

« What what what vas-y développe !
– Pas grand chose d’autre à dire, un gars qui m’a contacté sur un site de garçons qui aiment les garçons, en tous les cas les sexes masculins, dont certains aiment aussi les filles. Mais avant toute chose, je souhaite le rencontrer et parler en direct avec lui. Je me méfie des mecs qui sont en galère de meufs et qui se cachent derrière une pseudo bisexualité juste pour pécho.
– Ok ok… Il a une bonne gueule ?
– Je ne sais pas, je n’ai pas vu sa gueule. Juste… le reste. »

Et il m’a envoyé une capture d’écran de la fiche du monsieur. En m’épargnant les gros plans, pour reprendre ses termes.

Ça m’a fait marrer – qu’il existe un site qui s’appelle regardemabite.com ou un truc dans le genre suffit déjà à activer mes zygomatiques, soit dit sans aucun jugement.

Le soir, une fois toute la marmaille couchée, j’ai remis le sujet sur le tapis. Genre vas-y, rentre dans le dur, fais péter les tofs.

Il m’a montré ses captures d’écrans plus… détaillées, et j’ai encore rigolé, parce que ça me laisse toujours un peu sans voix de voir des corps mis en scène sans visage, moi qui ne sais pas consommer le sexe ni utiliser des membres désincarnés. J’ai besoin de chatouiller une âme, même quand il ne s’agit que de s’envoyer au 7e ciel.

Et puis je lui ai demandé ce qu’ils s’étaient dit.

Léger flottement…

« Rien, m’a-t-il répondu, on n’a même pas échangé réellement, en fait. Il faut que je creuse. »

Je lui ai demandé de me remontrer sa fiche, ce qui impliquait de se connecter devant moi. Sur son téléphone.

J’ai encore perçu un petit malaise. Je me suis donc attachée à lui montrer que je ne regardais pas son écran pendant qu’il cherchait ladite fiche, puis quand il me l’a mise sous le nez, j’ai pris soin de lui laisser son téléphone dans les mains et de regarder très rapidement.

Mais j’ai trouvé ça un peu louche… et mon cerveau s’est mis à cogiter.

J’ai imaginé qu’il échangeait beaucoup avec ces garçons fiers de leurs attributs. Peut-être même plus.

J’ai hésité à mettre les pieds dans le plat.

J’ai réfléchi un peu, devant la série que nous regardions collés l’un à l’autre, et me suis rappelé l’une de mes devises :

« Ne pose pas de question si tu n’es pas sûre de supporter la vraie réponse. »

Alors je me suis abstenue, et à chaque fois que j’y ai repensé, j’ai chassé très rapidement mon inquiétude.

Il suffisait que je me souvienne que ce qui m’importe réellement, ça n’est pas avec qui mon amoureux couche.

C’est à quel point il aime coucher avec moi.

Le lendemain, il est parti aux aurores pour travailler, comme d’habitude, et m’a envoyé son petit message matinal plein d’amour et de baisers.

Puis un deuxième, un peu après. Me précisant qu’en fait si, il avait discuté par écrit avec le corps sans tête. Mais qu’il ne m’avait pas montré les échanges car ce ne sont que « des messages de gadjo sur un site de bites ».

J’ai souris.

Je lui ai répondu, en substance : oui j’ai bien senti une sorte de cachotterie hier mais, soit, ça me va. Tu me montres suffisamment que tu m’aimes pour que je ne sois pas déséquilibrée dans mon bonheur avec toi par quelques parts d’ombre.

Sa réponse était toute douce, pleine de bécots et de paroles rassurantes (même si finalement je ne ressentais pas vraiment le besoin d’être rassurée), affirmant qu’il n’avait pas vraiment de part d’ombre puisqu’il m’avait raconté toute sa vie, qu’il ne baisait pas ailleurs, ni des hommes ni des femmes, qu’il s’amusait juste avec ce site et qu’il appréciait justement que ça soit son petit jardin privé.

Et d’ajouter : « J’imagine fortement que tu as le tien aussi. » Suivi d’une bonne douzaine de clins d’œil.

De fait, il n’a pas tort. J’ai aussi ma part d’ombre.

Si je devais l’analyser, je dirais qu’elle réside dans ma sinusoïdalité, mais aussi, dans l’immense plaisir que je ressens à être fortement désirée.

En tant que sujet émouvant, bouleversant. Non comme un objet.

Je suis une sorte de Docteur Jekyll & Mister Hyde et quand je quitte ma peau d’humaine pour virer loup garou, je suis inondée d’hormones, irradiante.

Je ressens les autres à 360°.

Réalité augmentée.

Comme si le monde entier percevait ma sensibilité exacerbée, comme si tous les garçons qui ne me laissent pas totalement indifférente pouvaient éventuellement pénétrer mes pensées.

M’habiter.

J’adore faire l’amour avec mon homme, toujours et d’autant plus pendant ces périodes, mais parfois me chatouillent comme des envies de… troubles nouveaux.

Constater l’impact que je peux avoir sur les hommes qui me plaisent.

Ressentir cette tension exquise entre deux êtres qui s’attirent, inéluctablement. Vivre le désir incertain d’un autre, arriver au point de bascule. M’enivrer du courant électrique qui comble l’espace entre les peaux. Éprouver la retenue des êtres alors que l’aimantation est d’une puissance inouïe. Me noyer dans un regard embrumé.

Une sorte d’embrasement.

Un joli garçon qui, subjugué par mon rayonnement phéromonal, en perdrait sa réserve, ferait tomber les barrières, ne pourrait plus retenir son corps qu’il propulserait contre le mien.

S’abandonnerait dans mes bras, en moi.

Je n’ai aucune frustration physique – je ne vois pas comment je pourrais en avoir vu l’amant de compétition qu’est le père de ma fille –, aucune faille sentimentale non plus.

J’aime mon homme et je suis plus heureuse en ménage que je ne l’ai jamais été.

Il m’arrive juste d’être envahie par des images de collisions intenses.

Avec des hommes déjà éprouvés il y a des années. Ceux avec qui il n’est pas sûr que quelque chose se passerait si d’aventure je souhaitais attaquer.

Avec des hommes que je connais mais dont je n’ai jamais eu l’occasion de sentir l’émotion contre mon ventre, si ce n’est en rêve.

Rarement avec des inconnus, car même si c’est l’un de mes fantasmes, il y a une chance plus qu’infime pour que le hasard mette sur ma route quelqu’un qui me plaise, à qui je plais, et en qui j’aurais suffisamment confiance pour m’assurer qu’il n’est pas en train de me consommer.

Sentir que le bel homme qui me regarde dégouline littéralement de son envie de moi, hors cadre amoureux, et que cela restera entre nous, comme une complicité licencieuse et merveilleuse, un secret partagé…

L’appel d’un trouble jusqu’alors inconnu, c’est en cela que réside le moteur de mon désir dérangé de fille hormonale.

Ma part d’ombre.

Heureusement, elle ne surgit que quelques jours par mois. Et pour l’instant, elle est plutôt disciplinée.

 

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Cinquante nuances de bleus

C’est bien simple, les semaines passent à toute allure. Là, par exemple, ça fait quatre mois et trois jours que j’ai écrit mon dernier billet et j’ai l’impression que c’était il y a deux minutes.

Faut dire que le rythme est soutenu, hein. Taf à temps plein, trois enfants à gérer seule une semaine sur deux, voire plus, la madre toujours malade… L’enfer des mois de juin et de septembre pour les parents (« seuls les vrais savent », comme dirait facebook-cet-objet-de-Satan), les inscriptions aux activités, les documents administratifs à remplir en douze exemplaires pour chaque enfant, les devoirs chronophages, le retour du mauvais temps et des 8000 chaussettes à étendre… Sérieux, mon temps libre se situe entre 21h48 et 22h53, à un moment où mon cerveau est à plat et je me demande quand ça s’arrête, l’infernal tempo.

Je ne me plains pas, hein… j’adore avoir eu tous ces enfants, mes garçons sont charmants même s’ils m’obligent à gueuler quasi-quotidiennement, ma fille est un rayon de soleil même quand elle me réveille trois fois par nuit (ce qui me tue à petit feu, heureusement qu’elle reprend ses bonnes habitudes de temps en temps), mon homme est toujours formidable, à tous niveaux…

Et je progresse de fou sur la barre.

Parce qu’en plus de mon planning de dingo, figure-toi que je m’impose trois à quatre séances de sport hebdomadaires en plus de mon unique cours de pole.

Foskifo.

Et ça paye.

Donc au boulot en loucedé dans une salle de réunion après la cantoche, ou chez moi entre 22h et 22h45 quand j’ai vraiment la foi et que j’ai signé les cahiers/vidé le lave-vaisselle/plié le linge/appelé mon père-ma sœur-mon pote-ma meuf-hohoooohoho… je transpire.

Au programme : 450 fessiers, 10 minutes d’abdos montre en main, 5 minutes de gainage aïe-aïe-aïe, 40 pompes pectoraux et 8 pompes triceps (ou deux montées de barre sans les jambes, à la force des bras) et des assouplissements.

Parfois je me demande pourquoi je m’inflige ça alors que je pourrais mater la fin de Narcos sur Netflix (dont la musique du générique m’habite, et aussi parfois les images un peu violentes qui viennent visiter mes rêves) ou refaire ma pédicure.

Et puis je vois mes bras et mes abdos se dessiner (pour les bras, c’est une première)(j’ai toujours aimé les filles aux bras musclés), je repasse sous la barre des 60 kg (c’est tout frais ça date d’hier mais bordel de bordel ça fait plaisiiiiiiir), et surtout, j’arrive à faire une nouvelle figure qui me semblait inatteignable jusqu’alors, du genre la tête en bas le cul en haut qui ne tiennent qu’à la force des épaules et des mains…

Fais gaffe parce que je suis à deux doigts de coller des vidéos de mes exploits.

Dès que j’aurai suffisamment de mémoire sur mon téléphone.

Putain d’iPhone 8 Go.

En attendant, j’immortalise mes bleus, une véritable collection. Tu serais étonné de voir les traces que ça laisse sur les cuisses, l’arrière des chevilles, les hanches, la peau fine de l’intérieur des bras. Entre les douleurs musculaires, les brûlures, les chocs, les tendons distordus… on peut qualifier cette discipline de masochiste. Et très exigeante.

Regarde.

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Les progrès n’en sont que plus exquis, et rendent fière.

Alors voilà, la vie passe à toute blinde et ça ne laisse pas beaucoup de temps pour écrire. Faut choisir : devenir une (vieille) pro de la barre et défier la gravité et la feignasserie ou prendre le temps de vivre des trucs suffisamment intéressants et nouveaux pour en tirer des textes passionnants.

Genre PAS comme celui-ci, tavu.

Je discutais ce midi avec l’homme courtois, et il riait en disant que j’avais trouvé la plénitude, l’harmonie amoureuse et sexuelle, et que c’était précisément dans ces moments là qu’on n’avait plus rien à dire. Juste à savourer.

Il y a peut-être de ça.

Trop heureuse pour transformer mes tripes en jolis mots ? Ou trop prise par la tornade du quotidien qui empêche de… laisser naître la poésie ?

Peut-être un peu des deux.

Mais en attendant je progresse en pole, et quelque part, ça compense.

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