Première capote

Ma petite mère est malade. De la tête.

Mais avant c’était une sacrée maman. Un peu fantasque, un peu décalée, mais une maman de bons conseils. Et plutôt ouverte. Ancienne hippie échappée d’une famille catho militaire de droite dont le mot d’ordre était « Chez les B., on ne pleure pas ! », elle a roulé sa bosse. Elle a passé toute son enfance à Casablanca, elle a failli être mangée par les piranhas dans l’Amazonie, elle a été virée presque manu-militari du Cuba, elle m’a envisagée en prenant son unique LSD, elle m’a eue dans une communauté babacool de féministes pour la plupart lesbiennes…

Par soucis d’honnêteté, je me dois de dé-romantiser un peu tout ça : mon grand-père était militaire et la famille vivait à Casablanca dans des conditions tout à fait confortables, elle est juste tombée quelques secondes dans le fleuve et n’a souffert d’aucune morsure grave, elle n’a pas été frappée par les cubains, juste fermement invitée à débarrasser le plancher, elle a toujours voulu des enfants, le LSD l’a juste convaincue que c’était maintenant et avec cet homme, elle m’a conçue avec un père qui a toujours été présent dans ma vie.

Toujours est-il qu’elle n’a pas eu une vie toute linéaire.

A 12 ans, la veille d’un de mes départs en colo, elle m’a offert mes premières capotes.

A 13 ans, elle a filé la pilule du lendemain à une copine.

A 15 ans, elle a filé la pilule du lendemain à une autre copine… imaginaire. C’est moi qui l’ai prise. Quand j’ai vomi jaune et vert – les couleurs de la pilule -, ça a été dur de nier. J’ai quand même essayé. Sans succès. Honte.

A 16 ans, après avoir vu deux frères trentenaires – qu’elle avait connus tout petits – mourir à 4 mois d’intervalle du sida, elle m’a demandé, si je devais me piquer un jour, de surtout prendre une seringue unique. Elle qui se soignait à l’eau chaude et aux oligo-éléments, mangeait de la quinoa, n’était jamais saoûle…

Malgré tout ça, j’ai fait au moins 8 tests du sida pour cause de débilité profonde momentanée : pas mis de capote. Parfois dans des conditions qui frôlaient l’inconscience. Heureusement, tout va bien.

Je ne me suis jamais piquée, mais je n’ai pas été la dernière à me défoncer, à une époque. Bien révolue.

Pourtant, j’étais ultra-informée.

Qu’aurait-elle pu faire de mieux ? Je ne vois pas.

Arf… quand je pense que mes petits risquent de me faire la même…

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8 commentaires pour Première capote

  1. Zoulmi dit :

    C’est pour ça que je ne veux pas de gosses, ils risqueraient d’être aussi con que moi, et je saurais pas quoi foutre.

  2. usclade dit :

    Joli portrait ! Je crois que si j’avais été de sa génération et si je l’avais croisée, je serais certainement tombé amoureux de ta maman ! 🙂

  3. N. dit :

    Surtout dis lui qu’elle a fait un super boulot !!
    Je t’aime fort.
    N.

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